Le peintre
Il est né d’une rencontre amoureuse dans les dunes de Saint Jean de Monts en Vendée.
Sa mère, Suzanne Verbois1 avait tout juste dix-neuf ans. Elle étudiait pour être décoratrice et n’avait nulle intention d’endosser un rôle de mère. « Son père biologique, un gars Barranger du Perrier, n’avait point l’intention de prendre comme épouse une parisienne » 2.

Marie Legroux3, sa grand-mère, fervente protestante, n’a jamais envisagé une autre solution que sa venue au monde. Gaston Verbois, son grand-père, sculpteur et graveur-ciseleur de profession, avait abandonné le giron familial depuis belle lurette et n’avait, de ce fait, pas voix au chapitre. Son père biologique, lui, a totalement disparu de sa vie pour toujours. En ce début de vingtième siècle, quand on est minotier au Perrier on n’épouse pas une fille de poissonnière, fusse-t-elle grossiste aux halles de Paris.

Pendant sa petite enfance, Paul Verbois est scolarisé à l’école communale rue Saint-Merri où est maintenant Beaubourg. Sa mère, Suzanne Verbois, collabore avec des architectes et plus particulièrement avec Robert Malet-Stevens, avant de devenir pendant une quinzaine d’années la secrétaire des sculpteurs, Jan et Joël Martel.


Dès son plus jeune âge, Paul est immergé dans ce monde de l’art : « moi on me foutait avec un morceau de glaise et fallait que je me débrouille ».
Sa grand-mère, par crainte de la guerre, l’amènera à Saint-Jean-de-Monts où elle avait fait construire en 1934.

Les sculpteurs, Jan et Joël Martel, quittent momentanément leur atelier parisien et rejoignent eux aussi la Vendée où ils ont les propriétés du Mollin, près de Challans et la Chapellenie à Saint-Jean-de-Monts. De nouveau, dans leur atelier de la Chapellenie Paul VERBOIS travaille la terre et y découvre petit à petit le goût du modelage.

À la fin de la guerre, il retourne en région parisienne pour être scolarisé au Collège Saint Charles à Juvisy, chez les frères, comme il disait. Paul n’a pas une appétence particulière pour l’enseignement des frères, par contre, une passion l’anime : il souhaite devenir sculpteur.
Il réussit le concours d’entrée à l’école des Arts Appliqués. Mais sa mère, de crainte de le voir finir sa vie à graver des noms sur les tombes, lui impose d’abandonner la sculpture pour la peinture.
P’tit Paul, comme le surnomment les montois, se plie à la volonté de sa mère. Rapidement, il s’adapte à sa nouvelle orientation et s’épanouit dans ses études de peinture. À l’issue des Arts Appliqués, il suivra, pendant deux ans les cours des beaux-arts de Paris en auditeur libre. Il fréquentera également l’Atelier Charpentier.

Avant de se mettre à peindre Paul Verbois a l’opportunité de rencontrer Kees Van Dogen qui lui conseille de ne pas s’orienter vers le figuratif. Lors d’une interview enregistrée en 2015 dans le cadre du tournage d’un documentaire qui lui est consacré, Paul Verbois fait référence à cette rencontre avec Van Dongen qui lui donne ce conseil : « Toi tu es peintre tu peux continuer à peindre mais ne fait pas d’académisme » et il n’a pas fait d’académisme.
Lors de cette même interview, Paul déclarait : « j’ai fait le métier le plus simple et le plus direct, c’est à dire l’expression brute que tu as toi avec ta peinture ton couteau ou ta lame de rasoir ».

A partir des années soixante, Paul Verbois sera contraint de travailler à côté de la peinture.
En atteste ce contrat qu’il signe avec le compagnon de sa mère, Pierre Marlet.
Le contrat stipule que les, mardis, mercredis et jeudis seront réservés à la peinture. Le reste du temps, il travaillera dans les établissements de nuit dont sa mère et son compagnon sont propriétaires4.

Le 8 juin 1960 à Neuilly-sur-Seine, il épouse Rinalda Corradini. Petite fille d’émigré napolitain, elle exerçait ses talents de danseuse dans un cabaret de Montmartre à la « Grange au Bouc » rue du Chevalier de la Barre, chez Serge et Sonia. C’est là, à l’occasion d’une de ses virées nocturnes, qu’il l’a rencontrée. Paul Verbois aura deux enfants de cette union : Renaud et Marie-Véronique. Le couple se séparera neuf ans plus tard.
Trop absorbé par son art et son travail de nuit, il déléguera l’éducation de son fils à sa mère, Suzanne Verbois et celle de sa fille à son ex-femme, Rinalda Corradini.

dans l’atelier du sculpteur Michel Elia
en 1960
Pendant quarante ans, Paul Verbois va chercher à maintenir un équilibre entre sa vie de peintre et son activité professionnelle de Directeur du « Club de Paris » avenue Matignon, proche du rond-point des Champs-Élysées.
Des années soixante aux années quatre-vingt il réussit à exposer régulièrement au rythme d’une ou plusieurs expositions par an. Au début des années quatre-vingt-dix, il quitte le « Club de Paris » pour prendre sa retraite et s’installe définitivement en Vendée. Il est enfin peintre à plein temps. Des galeristes lui proposent des contrats : il doit fournir entre vingt-cinq ou trente toiles par mois. Paul se sent trop fatigué pour honorer une telle cadence. Il fait le choix de continuer à peindre à sa main, il va peindre « en traître » comme il le dit lui-même. Par conséquent, il ne sera plus officiellement coté sur les marchés.
L’âge aidant, les expositions se raréfient.
Le 15 septembre 2017, son cœur s’arrête de battre, il avait quatre-vingt-huit ans.
Son œuvre est estimée à quatre mille tableaux disséminés de par le monde, des Amériques, au Japon en passant par le Moyen-Orient.
Dans les années soixante, Paul VERBOIS était considéré comme l’un des maîtres du « tachisme ».
Prix et distinctions
1952 : Prix d’Alger, Médaille d’or
1954 : Grand prix de Deauville, Médaille d’or
1968 : Médaille de bronze de la société d’Encouragement au progrès
Décoration SNCF
1976 : Médaille de bronze Arts, Sciences et lettres.

Commandes officielles
1964 : Fresque de treize mètres de long pour le Palais des Congrès de Saint-Jean-de-Monts ;
« Le marché de Challans », toile acquise par le Musée d’art moderne de New-York, Etats-Unis ;
« Port de l’Epoids », toile acquise par le Musée de Caracas, Venezuela.
Diffusion télévision
Cinq passages dans l’émission d’Adam Saulnier le « Magazine des Arts » entre 1961 et 1969
Bibliographie
VENDEE du Nord-Ouest Hier et aujourd’hui, bulletin 2012
Publication de la Société d’Histoire et d’Etudes du Nord-Ouest Vendée
Cahier de l’Histoire du pays Maraîchin, n°5, mai 2019
Publication d’Histoire-Arexcpo, section d’Arexcpo en Vendée, disponible dans la boutique Mémoires entrelacées
- Suzanne, Germaine Verbois née à Paris 3ème le 29 janvier 1009, décédée le 30 juin 1992, décoratrice et femme d’affaires, secrétaire des Frères Martel pendant quinze ans.
- Extrait du film documentaire : « Tableaux de famille »
- Marie, Jeanne Legroux, née à Marchiennes le 4 mars 1876, décédée en novembre 1956, mandataire en poissonnerie aux halles de Paris.
- Sous la dénomination « Société d’exploitation CHAMPS – ELYSEES, VERBOIS & Cie » Suzanne Verbois gérera à partir de 1945 le Cabaret-Bar-Restaurant du 15 avenue Montaigne à Paris, « le Club des Champs Élysées ». Puis en 1954, elle fondera avec son associé M. DIGUET le « Whisky à Gogo ». Plus tard, en collaboration avec Pierre Marlet son compagnon, ils créeront « le club de Paris », avenue Matignon.